Définir le cadre législatif et réglementaire du secteur du tourisme, lutter contre la parahôtellerie, revoir la politique touristique de l’Etat afin qu’elle soit mieux adaptée à la culture des familles sénégalaises. Tels sont les grands axes sur lesquels s’est exprimé le président d’honneur de l’Organisation nationale pour l’intégration touristique sénégalais (Onits), qui bénéficie de plusieurs années d’expérience dans le secteur. Doudou Gnagna Diop est également promoteur en écotourisme.
Quelle lecture faites-vous de la politique touristique de l’Etat telle que déclinée par la Première ministre, Aminata Touré, dans son Discours de politique générale ?
Je pense que c’est une vision qui a déjà fait l’objet de promesses, depuis quelques années. Moi-même, je fais partie de l’équipe qui avait fait des études d’impact dans les zones du Delta-Nord, lors des premières politiques de l’ancien régime et jusqu’à présent, on n’a rien vu de concret. Sur la Petite Côte, depuis sept à huit ans, on nous parlait de la Sapco sur Mbodiène, Pointe Sarène et Fignon, je crois que si ces promesses se concrétisent, ce sera un nouveau souffle pour le secteur. Et pourtant, la zone du delta qui est une zone biosphère assez importante et reconnue mondialement, mériterait un regard particulier. On nous dit que le tourisme est la deuxième mamelle économique du pays, qui peut porter la croissance et créer des emplois. Mais en l’état actuel des choses, le Sénégal ne maitrise pas assez ce secteur touristique. Il faut d’abord qu’on en arrive à se poser la question pour savoir pourquoi l’Etat du Sénégal ne parvient toujours pas à se doter les moyens pour bien gérer ce secteur ? Comment se fait-il que les nationaux n’arrivent pas à émerger dans ce secteur. Et pourtant, même en l’absence de crédit hôtelier, partout dans le pays, on ne va pas nous dire que les Sénégalais n’ont pas investi, sur fonds propre, en prenant des risques, mais leur établissement n’arrive pas toujours à prendre leur envol.
Pourquoi, justement, l’Etat ne parvient-il pas à maitriser ce secteur, au grand dam des acteurs touristiques nationaux ?
Il y a deux logiques. Ce que j’appelais, il y a 10 ans quand je venais de commencer mes investissements, la logique enclavée. C’est-à-dire que le multinational qui vient s’implanter chez nous fait sa propre promotion, avec ses moyens, s’occupe de son propre développement. Et puis, la logique intégrée, c’est-à-dire que les petites structures comme les auberges, les guides touristiques et les transporteurs qui y sont, sont laissés à eux-mêmes, sans réglementation, sans appui. Tout le monde sait que dans tous les pays du monde, le tourisme réduit la pauvreté, diminue le chômage, fixe les jeunes dans leur terroir, c’est une solution à l’exode, le tourisme booste l’économie nationale à la condition de consommer les produits locaux. Parce que si, aujourd’hui, les touristes viennent avec leur alimentation dans les soutes d’avion, cela ne sera pas bénéfique. Si on gère bien le secteur et qu’on l’oriente vers la diversification, en innovant surtout, ce serait bien et ainsi développer le tourisme intégré. Pourquoi les Sénégalais ne seraient-ils pas tentés à voyager dans leur propre pays, avec des types d’hébergement adaptés à notre mode de vie, à notre culture ? C’est chose possible, il va falloir s’orienter vers la création de centres de vacances. Nous avons l’espace, dans la petite côte et le Delta. On a le patrimoine pour le faire et c’est moins coûteux. Cela peut être facteur de croissance.
Voulez-vous dire que les populations ne se reconnaissent pas bien dans le Tourisme de leur pays ?
Bien sûr, les populations ne s’y retrouvent pas. Il faut dire aussi que la capacité de charge est déjà dépassée depuis très longtemps à Saly. Tout le monde reconnait que la Petite Côte commence à déborder de ces impacts négatifs. Le tourisme, s’il n’enrichit pas, appauvrit parce qu’on a le problème de diminution des terres cultivables. Aujourd’hui, c’est visible au niveau de Nguékhokh et de la Petite Côte. Il y a de cela 15 ans, on y votait des champs d’arachide, de mil, les gens travaillaient, cultivaient la terre. Aujourd’hui, tout cela cède la place à la spéculation foncière. C’est le même phénomène qui se passe à Saint-Louis, en Casamance et ailleurs. Il faut donc prendre l’option d’aller dans les autres zones vierges, d’y créer de nouveaux produits, et de faire du Sénégal des sites d’attraction de haute facture.
Saly, au départ, c’était quelques hôtels et ça marchait bien, c’était maitrisable. Aujourd’hui, nous avons des réceptifs hôteliers en déclin, qui sont devenues obsolètes. A côté, il y a la prolifération de la parahôtellerie essaimée le long de la Petite Côte, des maisons construites avec 20 chambres, des résidences avec cinquante chambres, ce qui a capté la clientèle perdue dans ces hôtels régulièrement établis. En plus de cela, il y a tout ce qui n’est pas contrôlable, c’est-à-dire une partie de la population locale et des touristes européens qu’on ne maitrise pas et qui logent dans ces lieux. Dans ces structures, qui ne sont régies par aucune législation, c’est là que se développent beaucoup de choses négatives. On en arrive vraiment à un étouffement de l’espace.
Que préconisez-vous pour davantage booster le secteur touristique ?
En tout cas, si on fait l’analyse économique du secteur du tourisme, la complexité vient d’ailleurs. L’organisation internationale de l’économie touristique, c’est en intégration verticale. C’est-à-dire que du tour opérateur, nous passons d’abord par l’agence de voyage, pour arriver à l’hébergeur, qui se trouve chez nous. Cela veut donc dire que nous sommes au dernier maillon de la chaine. Alors que la totalité de la valeur ajoutée a été collectée par le sommet, le tour opérateur, qui lui, prend sa part, parce que c’est lui qui prend un certain nombre de risques allant dans le sens d’affréter un avion, de payer des taxes aéroportuaires. C’est pourquoi, il se taille donc le plus grand morceau. Ensuite viennent les agences de voyage, qui orientent les clients qu’ils ont eu dans les foyers émetteurs pour les amener chez nous. Nous ne sommes que des récepteurs. Déjà, il est important de revoir tout ce processus, parce que cela ne nous permet pas d’avoir assez de moyens pour booster le secteur. Pour ce qui concerne les autres points négatifs, nous pouvons citer cette nébuleuse de parahôtellerie qu’on ne contrôle pas, et dont on ne maitrise pas la création de richesses.






