Innover pour promouvoir la destination Sénégal
Professionnel de l’hôtellerie et du tourisme, M. Doudou Gnagna DIOP préconise l’innovation pour placer la Destination Sénégal sur la voie de l’émergence et de la compétitivité. Président de l’Organisation Nationale pour l’Intégration du Tourisme Sénégalais (ONITS) et promoteur d’entreprises intervenant dans l’écotourisme, la location de voiture, le transport touristique le voyage et l’entreprise sociale, il nous livre, à travers cette interview, sa part de vérité sur l’état des lieux dans ce secteur et les voies et moyens de relever les défis.
Reflets d’Afrique : Voulez- vous vous présenter à nos lecteurs et nous préciser les domaines dans lesquels vous intervenez ?
M. Doudou Gnagna DIOP : Je suis expert en tourisme durable. J’ai investi à Joal dans un parc écotouristique, à l’AIBD de Diass dans une entreprise de location de voiture, de transport touristique et de terrassement en TP, à Thiès, dans une agence de voyage et une pouponnière en entreprise sociale pour accueillir les enfants des malades mentaux et des enfants autistes . Je suis ainsi devenu entrepreneur social, c’est-à-dire j’œuvre beaucoup dans l’appui aux malades mentaux démunis à Thiès ma ville. J’aide également de temps en temps la pouponnière de Mbour. J’interviens dans le secteur touristique. J’ai aussi une expertise en bâtiment et travaux publics, acquise pendant des années en Europe, parallèlement au tourisme. Au Sénégal, je suis investisseur dans l’écotourisme pour le développement local en milieu rural, etc.
Quel est votre apport concret à la destination Sénégal ?
Mon premier apport c’est qu’après mes études à Dakar je suis parti en Europe, j’ai eu à accumuler des expériences dans le développement touristique de la Région du Nord, en France, où j’ai milité dans des associations de sauvegarde de la cote d’opale de Boulogne sur mer au cap blanc et gris nez de même qu’au touquet. J’ai participé aux travaux du Parc de Meubeuge toujours dans la region du nord de la france lorsque j’étais étudiant. Donc, mon apport dans le tourisme sénégalais c’est économique d’abord, j’apporte mon expertise parce que j’ai investi dans le secteur touristique et dans pas n’importe lequel, j’ai créé l’association-Action pour le tourisme et l’environnement(ACTES) de Somone-qui œuvrait pour la sauvegarde de la mangrove et de la lagune de Somone. Ensuite j’ai créé l’Organisation nationale pour l’intégration du tourisme sénégalais (Onits) qui a regroupé une cinquantaine d’entreprises. J’ai donc essayé de les appuyer pour leur développement et dans la manière de concevoir leur promotion en Europe. J’ai eu à amener certains d’entre eux dans les marchés émetteurs, à Deauville, à Versailles, Prague ou Helsinki pour qu’ils fassent la promotion de leurs produits et comment gagner des parts de marché. L’autre apport que j’ai fait aussi dans le secteur touristique, c’est que j’ai aidé à créer des emplois et à former des gens. Par exemple, j’ai eu à former tout le personnel au campement de Keur Cuupam à Popenguine………il y a une quinzaine d’années dans les domaines de la réception, la salle, la cuisine, l’accueil, la gestion des stocks etc., à tour de rôle, pendant pratiquement six mois. Les autres apports, c’est surtout en matière de création d’emplois, donc le volet social, car cela contribue à réduire le chômage. Aujourd’hui, je capitalise la création de vingt (20) emplois dont 80% à travers mes trois entreprises. Il y a en dehors de l’entreprise sociale, la pouponnière Sourire Bébé à Thiès. Au passage, je remercie Bineta Fatim Dieng, qui m’a introduit dans ce secteur et qui œuvre depuis une vingtaine d’années à Thiès, dans ce domaine, même si, malheureusement, dans notre pays de tels actes ne sont pas appréciés comme il se doit. Pour rester dans le cadre du tourisme, je suis plutôt créateur d’emplois et je participe ainsi à la réduction du chômage, de la pauvreté, etc.
Le gros apport réalisé en 2007 est le salon du tourisme que j’avais initié avec mes collègues Gambiens « le MBOKA 2007 » 13 000 000 entrées à la place de l’indépendance dans l’objectif du développement du tourisme de la sous-région.
Très belle innovation reproduite en 4 épisodes 2007 2008 2009 2010. La tutelle a initié un salon du tourisme le TICCA en 2011 qui n’a d’ailleurs eu aucun indicateur de performance et qui s’est imploser tout seul étant donné que la promotion appartient aux acteurs qui ont investi et qui ont le rôle principal de promouvoir leur produit. Certes il fallait simplement renforcer notre initiative au lieu de vouloir la copier pour l’envoyer ensuite en perte pour l’économie nationale.
En tant que professionnel du tourisme pouvez-vous nous faire l’état des lieux, nous indiquer les acquis, contraintes, opportunités et perspectives ?
A l’entame de mon propos je vais faire la distinction entre les multinationales et les investissements endogènes, les petites structures sont dans ce dernier cas, il y en avait très peu vers les années 2000. Aujourd’hui, les sénégalais ont investi dans le secteur aussi bien sur le tourisme d’affaires que sur le tourisme de découverte. Donc, c’est une avancée. Aussi, on était à 400 000 voire 500 000 touristes par an environ. Aujourd’hui, selon la tutelle et les statistiques on en est à 1 500 000 voire 2 000 000 de touristes. Il y a aussi une avancée en termes d’investissement même que ca reste très faible mais il y a quand même une évolution depuis une vingtaine d’années. Les hébergements, de nouveau, se sont installés en Casamance, à Saint-Louis et sur la Petite Côte, à Saly. Le micro-tourisme s’est développé et il y a plus de sénégalais dans ce secteur. En ce qui concerne le macro-tourisme, on a eu des problèmes exogènes en termes d’investissement, de promotion et de maitrise ou si vous voulez de control. Maintenant si on prend par zone géographique, la Casamance qui a régressé il y a une dizaine d’années, commence à se réveiller ; ça frétille encore Au niveau de la Somone, de Ngaparou, de Saly, ça revit et se requalifie du cout avec l’aide du président de la République. Saint-Louis reprend. Et à Dakar, le tourisme d’affaires marche très bien. il y a aussi des sites touristiques en déclins comme nous les appelons dans le jargon : Joal, Djifère, Ndangane, Palmerin ,Foundiougne etc. Ce sont des endroits qu’il va falloir régénérer et requalifier, les produits touristiques n’ont pas été entretenus, rendus visibles et accessibles. J’attire l’attention du Président sur ces cas ou le chômage du aux fermetures d’établissement est très élevé. Concernant, l’innovation au niveau touristique au sénégal, c’est comme partout il faut actionner les trois (3) A que sont l’accessibilité qui est quelque chose de très important ; c’est-à-dire se déplacer à moindre coût, avec de la sécurité et la rapidité. Il y a l’accommodation qui n’est rien d’autre que l’hébergement. Au Sénégal, nous avons très peu d’hébergeurs. C’est paradoxal quand on dit que les hôtels ne sont pas pleins, mais malheureusement il n’y a pas assez d’hôtels. C’est parce que nous n’avons pas assez d’hôtel que la destination est excessivement cher et nous positionne en manque de compétitivité. La faute, la protection de certain privilège au détriment de l’économie national. Les générations futures apprécieront. Et puis, il y a l’attractivité qui est très importante et qui doit être accompagnée par la visibilité de la destination. Nous n’avons pas beaucoup de pôles d’attractions. C’est très faible. Le Lac Rose, Gorée, les sites classiques sont des produits connus partout et qui n’attirent plus beaucoup d’attention pour de nouveaux clients, de nouvelles valeurs élevées. Aujourd’hui on doit créer des pôles d’attraction et réorienter l’organisation. L’innovation du tourisme sénégalais doit s’orienter dans ces sens. Il convient de voir comment revaloriser la gestion même du secteur. Celle qui est verticale, c’est-à-dire du tour opérateur à l’hébergeur, fait que l’Etat du Sénégal a du mal à s’y retrouver et a contrôler son secteur d’activité économique. Comment faire maintenant pour que ce soit une orientation horizontale où les têtes de fil logent dans l’économie sénégalaise pour en tirer profit ? Nous avons une faiblesse par rapport au Maroc, à la Tunisie, à certaines destinations proches qu’il va falloir orienter. L’organisation même pour mieux maîtriser le secteur pose problème, ça pêche aussi sur l’institutionnel.
Pour relever les défis, quels sont les actes concrets que l’Etat, les professionnels, les partenaires devraient poser, chacun selon son niveau de responsabilité et ses prérogatives ?
Les défis, je vais les orienter vers un indicateur : l’innovation. Le tourisme c’est un produit de marque à exploiter et à consommer dans une intervalle de temps T. C’est par étape, par épisode suivant des contextes d’actualités DIFFERENTES. Tous les pays touristiques sont en perpétuelle innovation et mutation de leur produit. Nous au Sénégal nous manquons de pro activité depuis Mathusalem. Il faudrait changer ce comportement vis-à-vis du marché international du tourisme qui repose sur UN EFFET DE MODE, avec la création de pôles d’attractions compétitifs entretenus par des valeurs élevées EN PERPETUELLES RENOUVELLEMENT, la diversification des produits, la diversification des marchés émetteurs. Nous avons un marché émetteur GROS PORTEUR qui est la France, d’où 80 % de nos clients viennent. Si on veut tripler le nombre des fréquentations on est obligé de passer par cette voie de diversification des produits émetteurs et d’augmentation de notre capacité d’accueil. Ensuite, il faut résoudre ce problème de carence institutionnelle. Moi, je ne comprends pas un pays touristique comme le nôtre, où depuis des années, et à chaque fois qu’on a un Ministère pour la gestion de l’industrie touristique. L’expérience et l’expertise sont renouvelés à chaque fois mais en vain. J’avais déjà proposé du temps de l’ancien régime, de renforcer fortement l’appui financier de la tutelle comme la plupart des pays touristiques. Ensuite, il faut limiter tous ces soi-disant acteurs qui foisonnent de partout et qui polluent l’air des investisseurs et les empêchent d’y voir claire, ils sont parfois plutôt négatifs dans le développement touristique. Ils bloquent tout effort venant aussi bien des gouvernants que des promoteurs, il va falloir débloquer l’activité économique de l’industrie touristique en positionnant aux oubliettes toutes ces contraintes qui font perdre de l’argent à la nation. Il faut revoir l’organisation même de la promotion touristique, par exemple les syndicats d’initiatives, la taxe dans le secteur touristique, l’Aspt etc. Si les institutions veulent que le tourisme soit profitable à l’économie, il faudrait aussi qu’on assouplisse cette lourde réglementation qu’on a instauré et qui fait que le sénégalais qui a envie d’investir est découragé, pour obtenir la licence et les agréments pour exploiter un hôtel, etc. En fait c’est ce qui fait qu’il y a beaucoup d’illégalité et de maisons closes partout parce que les initiateurs se cachent. Les hôteliers sont confrontés à un obstacle institutionnel incroyable. A ce niveau, je crois qu’il faudrait mettre en place une politique touristique plus souple, plus accessible et visible mais de rigueur. La politique touristique, c’est de voir comment développer un tourisme national, intérieur productifs dans toute son horizontalité ? Comment intégrer les investisseurs exogènes ? Comment les encadrer de telle sorte que le tourisme soit maîtrisable depuis le départ ? Mais nous ne pouvons pas laisser un investisseur égaré ; on ne sait pas ce qu’il fait, d’où il vient et comment il est organisé. Le Sénégal doit maîtriser les marchés émetteurs producteurs de touristes. Et c’est à l’Etat qui a le rôle régalien de légiférer sur la politique touristique. Les défis ne sont pas insurmontables c’est ma conviction, faudrait-il que les décideurs s’organisent à collaborer avec les compétences.
LE TOURISME ET L’AFFAIRE DE TOUS QUELQUE SOIT L’ ENDROIT OU L EST PRATIQUE IL EST CENTRE SUR L’HOMME. IL DOIT ETRE BASE SUR LE RESPECT DE L’AUTRUI.
Comment faire pour renforcer la compétitivité de la destination Sénégal ?
Pour renforcer la compétitivité, il faut faire comme tout le monde. Il faut simplement innover avec des produits attractifs. Il faut revoir le problème du transport aérien. C’est ridicule aujourd’hui qu’on puisse quitter les grands foyers émetteurs de touristes pour les pays limitrophes et payer trois fois plus cher que de se rendre dans les destinations long courrier. L’Afrique exotique, le Sénégal exotique des années 60-70-80, c’est fini, à cause du développement technologique numérique du transport aérien. En matière de tourisme, les marchés ne s’autogèrent pas, il faut être créatif parce qu’ils deviennent très vite obsolètes emportés par la vague « mondialisation ». Nous devons nous adapter à cette nouvelle vision d’un tourisme pour tous, pas seulement pour une élite assoiffée d’exotisme. Et, donc forcément nous sommes dépassés par les marchés qui nous entourent; parce qu’ils l’ont compris très vite. Le Low cost.qui existe entre Dublin ou Paris ou Munich et Casablanca pour plus ou moins 50 euros, nous devons voir comment le Sénégal pourrait y trouver ses parts de marché et arrêter de nous raconter des carabistouilles. Que ça soit de Montréal, de New York, de n’importe où, aujourd’hui avec le produit Low cost on est sur la voie du positionnement avec le nouvel aéroport AIBD qui peut accueillir les gros porteurs comme les Stream Liner et autres. Peut- être que maintenant, l’Etat ne doit plus dormir sur ces lauriers. J’en profite pour dire à Monsieur le Président de la République, Macky Sall, après avoir appuyé le secteur, qu’il regarde l’organisation de notre industrie touristique et d’identifier les facteurs bloquants depuis des décennies. Je pense que si un ministre reçois une mission de rentabiliser le secteur, il doit s’approche de nous, il ne faudra pas arrêter de le déplorer si c’est le contraire. Il ne faudrait pas qu’il y ait un frein entre l’institution et les investisseurs en tourisme.
Que faire pour que l’Etat, les professionnels, les travailleurs, les partenaires puissent chacun tirer son épingle du jeu en matière de tourisme et d’hôtellerie ?
Pour moi, je pense qu’il faut se dire que le tourisme c’est d’abord une économie nationale. Ce n’est l’affaire de personne et c’est l’affaire de tous, notamment des générations futures ; parce que c’est une économie évolutive. Il ne faut pas oublier que le tourisme a développé en l’occurrence le Maroc, or vers les années 1970, nous étions au même pied d’égalité. … Pourquoi le Maroc vient nous aider aujourd’hui, parce que nous sommes en retard, nous ne sommes pas organisés et nous ne sommes pas développés en harmonie avec la culture, l’artisanat, l’environnement comme il se devait. Si au moins nous ausons faire notre introspection à travers de vraies assises nationales du tourisme en y impliquant tout le monde, on se rendrait vite compte de ces évidences je viens d’énumérer. Le Maroc, la Tunisie ont su se développer via le tourisme. C’est un secteur d’activité économique qui doit profiter à tout le monde en boostant les activités transversales et qui doit aussi assurer le bienêtre surtout des populations locales des espaces touristiques ; parce que les touristes viennent pour la découverte des patrimoines, des ressources naturelles du pays, pour son environnement. N’oubliez pas que le tourisme a ses impacts positifs et négatifs dans lesquels il y a le sur-piétinement de l’espace touristique, la désintégration des ressources naturelles dans le milieu rural qui est causée par certain tourisme. Par exemple, les zones côtières sont aujourd’hui fracassées. Pour s’en rendre compte, il suffit de visiter Toubab Dialaw, Ndayane et autres sites sur la petite côte. Ce sont les impacts négatifs qui affectent directement les populations locales. IL y’a eu de l’urbanisation incontrôlée des zones côtières et limitrophes ou les taux de charges sont très élevés. Sur un autre registre Il y a des impacts positifs qu’il faut développer pour améliorer le niveau de vie des sénégalais.
Quels messages voulez-vous transmettre aux autorités, aux professionnels, aux partenaires et à tous les acteurs du tourisme et de l’hôtellerie au Sénégal ?
J’ai été témoin de beaucoup d’appuis, des bailleurs de fonds qui n’ont pas eu de retombés visiblement »PPIP «. Nous n’avons aucune perception en termes d’indicateur de performance. J’invite nos gouvernants à entretenir ce secteur ; parce que quand on crée un campement dans un village, on crée des emplois allant du gardien au cuisinier, en passant par le serveur et la femme de chambre etc. Cela crée de la richesse locale, fixe les jeunes dans leurs localités, réduit la pauvreté, développe une économie locale. Donc, c’est un secteur très important, mais il faut une dynamique autour, qu’il soit entretenu, maîtrisé, promu et bien géré. Je propose également à Monsieur le Président de la République d’aider d’avantage le secteur qui doit évoluer dans la même direction et en même temps que le PLAN SENEGAL EMERGENT Je proposerais également de faire comme tous les pays à vocation touristique, de transférer les compétences de ce secteur, parce qu’hier il y avait les communautés rurales, aujourd’hui il y a des mairies pour gérer leur patrimoine, leur économie locale. Malheureusement, ils ne voyaient rien dans les recettes touristiques. Donc, forcément ils ne peuvent rien faire localement pour agrémenter quoiqu’il en soit parce qu’ils manquent de moyens. Il faut transférer les compétences du tourisme et faire confiance aux sénégalais qui sont investisseurs. Quand un investisseur implante son campement à Lompoul par exemple, ça veut dire qu’il a du mérite, c’est quelque chose d’important, il faut lui faire confiance et l’appuyer.
A nous les promoteurs d’hôtel et de tourisme évitons la pratique du dumping social, embauchons selon les compétences et le mérite parce que nous parlons de prestation de service qui doit impérativement être de qualité selon les degrés d’investissement. Le dumping social dévalorise notre métier et notre destination.
A tous les acteurs sachez que, le tourisme durable doit cohabiter avec une économie saine, un social stable et un environnement entretenu.
Ch. Seck NDONG







